Chapitre 3 : Un ange
Drrrrr ! Drrrrrrrrr ! C’est la sonnerie que téléphone qui l’a réveillée. Il devait être environ midi. Maxime était assis à la table du salon, un livre de coloriage ouvert devant lui. Il semblait loin, très loin dans ses pensées. Cela n’avait rien de surprenant. Depuis tout petit, il lui arrivait parfois de sombrer dans de longs rêves éveillés. Il pouvait rester silencieux plusieurs heures durant, jouant une petite histoire dans sa tête. Elle avait appris à respecter ses silences, avec le temps…
« Allô »
« Bonjour. J’espère que je ne te réveille pas »
« Non, pas du tout… Enfin, je me reposais un peu »
« Je suis désolé. J’avais tellement envie d’entendre ta voix, je n’ai pas pu résister plus longtemps. Si je te disais que je suis posté à côté de mon téléphone depuis 7 heures ce matin, tu me pardonnerais de t’avoir réveillée à midi ? »
Elle ne savait pas quoi répondre. Elle avait imaginé ce moment toute la nuit et maintenant qu’il était là, à l’autre bout du fil, elle se sentait idiote, et terriblement gênée. Il semblait si sûr de lui qu’elle ne savait pas comment réagir. Elle hésitait entre sauter de joie, ou se retrancher dans sa traditionnelle peur de l’inconnu. Maxime la regardait d’un air interrogateur. Finalement, c’est la joie qui a pris le dessus.
« Bien sûr que je vous… que je te pardonne »
« Merci »
Dans sa voix, il croyait avoir entendu son sourire. Bien sûr, un sourire ne s’entend pas, mais il avait toujours eu l’impression que la voix variait en fonction de l’humeur. Sa voix était si douce qu’elle ne pouvait que sourire. Il l’imaginait, encore en pyjama, le combiné à la main. Est-elle assise ou debout ? Et ses cheveux, est-ce qu’elle les a laissés tomber en cascade sur ses épaules ? Il fermait les yeux et se rafraîchissait du son de sa voix.
« Je t’appelle parce que… Tu penses qu’on pourrait se revoir ? »
« Vraiment ? »
« On pourrait prendre un verre, ou marcher un petit moment, tu vois… »
« Ce serait parfait »« J’en serais très heureuse »
« Oui. J’ai très envie de te revoir. De parler un peu avec toi »
Maxime s’est levé d’un bond et est allé s’enfermer dans sa chambre. Il avait toujours était jaloux des hommes qui approchaient sa mère de trop près. Jusqu’ici, depuis son père, elle avait toujours refusé les invitations. Elle s’était consacrée totalement à lui. Mais maintenant… maintenant qu’il avait vu son regard fondre de bonheur quand elle avait entendu la voix de cette homme qu’il devinait être le type du train, il savait que ce ne serait plus pareil
J’éloignais le téléphone de mon visage comme pour reprendre un peu d’air et j’essayais de me relever, mais sans succès. Elle avait dit oui. Elle avait même précisé qu’elle avait envie de me revoir. Je n’arrivais pas à y croire. Je n’avais pas fermé l’œil de la nuit, les pensées perdues, bloquées sur la dernière image de ses yeux que j’avais pu enregistrer avant qu’elle ne me tourne le dos et ne parte. J’avais tellement lu et relu son numéro de téléphone pour me persuadé que c’était bien réel que le papier était tout déchiré. Heureusement, je le connaissais par cœur. Peut-on encore aimer lorsque l’on a déjà cru mourir par amour ? Oui, maintenant je sais que oui. En tous cas, si ce n’est pas de l’amour, ça y ressemble fort.
Mourir par amour. C’est bizarre, mourir et amour ont presque les mêmes lettres. Et pourtant, ce sont deux mots totalement opposés. La seule fois où ils se sont rejoints dans mon cœur, c’était le jour où tu es parti. Tu m’avais prévenu quelques jours avant que tu avais décidé de partir en Amérique, de devenir mannequin et de tout recommencer à zéro. Tu ne m’as pas demandé de venir avec toi et, de toutes façons, je ne suis pas sûr que je serais venu. Les longs voyages me font peur… Je m’en souviens comme si c’était hier. Un hier bien morne et triste, mais hier quand même. Je t’avais demandé pourquoi tu faisais ça, pourquoi tu me quittais comme ça, sans un mot, alors que depuis que j’avais 7 ans, il était devenu clair pour moi que nous finirions notre vie ensemble. J’avais la voix tremblante et les larmes aux yeux en te demandant ça. Moi qui ne pleure jamais. Et toi, tu m’avais répondu calmement que « ça » c’était la réalisation de tes rêves, et que tu ne voulais pas finir comme tes parents, qui ont vécu toute leur vie dans une petite maison de ranger, à s’escrimer au travail pour joindre les deux bouts en fin de mois. Aujourd’hui, je comprends ce besoin de liberté, mais ce jour là, j’ai vraiment eu l’impression que tu m’arrachais le cœur. Tu le mettais dans tes valises et tu le prenais avec toi, mon cœur, parce qu’il serait toujours tout à toi.
Et tu es partie, sans te retourner. Tu m’as envoyé une lettre quelques jours plus tard. Une lettre d’amour. Tu t’excusais, tu m’aimais, mais tu avais besoin de partir, de respirer un autre air. J’ai essayé de te répondre, mais je n’y arrivais pas. Je noircissais des feuilles, je raturais, je recommençais, je diluais l’encre de mes larmes et je laisser l’encre bleue couler et former des taches étoilées. Je regardais les mots disparaître comme toi tu avais disparu…
Je me demande ce que tu dirais, si je t’écrivais que je suis amoureux. Je me demande si tu serais heureuse pour moi, ou si tu ressentirais encore cette colère qui te montais quand, avant, une jolie fille venait me parler. Je pense que je préfèrerais que tu te fâches, juste pour me prouver que tu m’aimes encore et que tu ne m’as pas oublié. Je t’aime encore. Je ne t’ai pas oubliée, moi. D’ailleurs tu t’en doutes. Je t’écris encore régulièrement, une dizaine de lettres par an. Tu ne m’as pas répondu depuis Noël dernier, je me suis fait une raison. Je suppose que tu as rencontré quelqu’un, que tu es heureuse. Hier matin encore, en t’imaginant dans les bras d’un autre, j’aurais eu envie de monter dans le premier avion pour venir t’en arracher, mais aujourd’hui, j’espère simplement que ce sera bientôt mon tour, de trouver d’autres bras dans lesquels m’abandonner.
Hier soir, en rentrant de la gare, je suis passé par le parc. Je marchais droit devant moi, sans me soucier des secondes qui s’égrenaient, ni de l’endroit vers lesquels mes pas me portaient. Ce n’est qu’en voyant les peupliers qui bordent l’allée centrale que j’ai eu envie de revoir notre arbre. Tu te souviens ? Le troisième à partir de la poubelle, vers le milieu de l’allée. Je me demande si tu t’en souviens. Je m’y suis arrêté un moment. Nos initiales y sont encore parfaitement gravées. Entourées d’un cœur, évidemment. J’avais gravé les initiales, et toi le cœur. Puis on s’était assis au pied de l’arbre et tu t’étais blottie dans mes bras. On était restés là pendant des heures, jusqu’à la tombée de la nuit, sans rien dire. J’écoutais ton souffle, je le sentais dans mon cou, et ça suffisait à me rendre heureux…
C’est deux ans plus tard, jour pour jour, que tu es partie. Tu me l’as annoncé au pied de ce même arbre. Notre arbre. Depuis, mes soirées sont devenues mornes, mes journées vides de sens. Jusqu’à hier.
8 Avril, Adam
Ma Laurie,
Je n’ai pas reçu de nouvelles de toi depuis quelques temps déjà. Tes lettres me manquent. Non, ne t’inquiète pas, je ne vais pas retomber dans le mélodrame de notre rupture, c’est juste que j’aime te savoir heureuse et en bonne santé. Comment vas-tu ? Bien je suppose… Tu as toujours eu le don de tout relativiser et d’aller bien dans toutes les situations. Je suis retourné près de notre arbre, hier. Je passais par hasard dans le parc, et j’ai voulu voir si notre gravure de choc tenait le coup. Apparemment, elle est bien enracinée dans l’arbre, toujours là malgré les années. Je me suis toujours demandé pourquoi tu ne l’avais pas effacée, quand tu es partie. Enfin, on ne changera pas l’histoire, alors je ferais mieux de laisser mes souvenirs de côté.
Tu sais, parfois tout va bien, et parfois tout va mal. Pour l’instant ça va plutôt bien. Mieux que ça n’a jamais été depuis ton départ, même. Je ne sais pas si ça va te faire plaisir, mais je suppose que oui : J’ai rencontré quelqu’un. Elle s’appelle Carla. Elle est belle comme un ange. En fait non, je crois que c’est un ange, venu tout droit du ciel sur un grand oiseau blanc. Qu’est ce que je raconte, les anges n’ont pas besoin de louer un oiseau pour voler, ils ont des ailes. Elle te ressemble un peu. Les mêmes yeux d’un bleu si clair qu’on croirait pouvoir se noyer dedans, la même blondeur pâle dans les cheveux. Et en même temps, elle est tellement différente de la jeune fille que tu étais encore quand on s’est quittés. Elle a 28 ans, et un petit garçon adorable.
Je ne sais même pas pourquoi je te raconte tout ça. Pour exorciser mes démons sans doutes, pour me prouver un peu à moi même que je peux passer à autre chose. Quoique ‘passer à autre chose’ ne soit pas vraiment l’expression adéquate. Parce que je ne t’oublierais jamais. Mais je pense que je l’aime… aussi.
Laurie, répond moi, que je sache au moins que tu vas bien. Je t’embrasse
Adam
Je t'ai encore envoyé une lettre. Je te parle d'elle. D'elle et de ce que je ressens pour elle. Je ne sais pas encore très bien ce que j'espère de ces quelques phrases couchées sur un bout de papier. Peut être que tu te manifestes, que tu me dises, que maintenant que tu sais que je refais ma vie, tu te rends compte que tu m'aimes encore, que ça t'a fait tellement mal de savoir que j'avais rencontré quelqu'un d'autre. Ou alors, peut être que j'espère simplement que ton silence continuera, un peu comme un accord tacite qui dirait que ça y est, je peux recommencer à vivre, tout est bel et bien fini entre nous.
Ecrit par BubbleGum, le Mercredi 18 Août 2004, 21:47 dans la rubrique "Comme un roman - 1".

Commentaires
Un ange
Valaxaur
19-08-04 à 00:16
Je m'absente quelques heures et au retour je trouve bien du changement. J'espère que la fille qui était sur le billard a bien récupérer de son opération et que la rééducation de ses jambes rapetissées se passera bien... Maintenant nous sommes dans une jolie chambre aux teints pastels, propre à la lecture.
Et à propos de lecture je vois que le chapitre III vient de sortir. Je me suis donc empressé de le lire. Des trois c'est celui que je trouve le plus travaillé, le dialogue des appartés étant du plus bel effet. Voilà surtout un approfondissement du personnage d'Adam qui me plait particuliérement.
Ben voilà, comme d'habitude j'attends la suite...
Je t'embrasse BubbleGum ; -)
Jean-Jacques
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Re: Un ange
Feerange
19-08-04 à 01:31
J'ai réussit à lire tout d'un trai, c'est vraiment bien écrit, ça donne envie d'inventer les mots, pour pouvoir les lires...
Bisous à toi Bubble Gum.
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Re: Re: Un ange
BubbleGum
19-08-04 à 11:47
Merci, fée&ange
Parfois, j'aimerai bien pouvoir inventer des mots, moi aussi. Pour décrire des sentiments que de simples mots n'arrivent pas à exprimer totalement...
"J'voudrais trouver des mots qui sont pas dans le dico" comme dirait la chanson...
Bubblegum
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Re: Re: Re: Un ange
Feerange
20-08-04 à 21:11
"J'voudrais trouver des mots qui sont pas dans le dico"
Ahh ça me fait penser aux Inconus! ;)
Bisous à toi=)
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Re: Un ange
BubbleGum
19-08-04 à 11:45
Mon cher Valax,
La rééducation se passe bien, oui. La jeune fille a retrouvé l'usage de ses jambes et a filé en douce. Du coup, sans elle, mon fond d'écran semblait bien vide, et je l'ai donc repeint dans des tons pastels et doux, un peu comme ce que je voudrais écrire; des textes doux et tendres...
Le chapitre 3 est terminé oui. Ca me fait bizarre de t'entendre dire que celui-ci semble plus travaillé que les autres parce que, inversément, c'est celui qui m'a pris le moins de temps. Les mots semblaient venir naturellement, se suivre d'eux même pour former des phrases, des paragraphes, jusqu'à faire tout un chapitre sans même que je me rende compte avoir tant écrit...
La suite...
Un petit manque d'imagination pour l'instant. Je ne sais pas encore comment continuer. Leurs retrouvailles, oui... mais après? L'amour fou dès le premier jour serait un peu trop facile et sans grands rebondissements...
J'y réfléhis encore.
Merci, en tous cas, pour ta présence régulière ici. Elle me touche beaucoup...
Bubblegum
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Re: Re: Un ange
Valaxaur
19-08-04 à 13:11
comme quoi comme d'habitude j'eus mieux fait de m'abstenir de remarques sur le process créatif. Eh eh je t'embrasse BubbleGum ;-)
Jean-Jacques
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Re: Re: Re: Un ange
BubbleGum
19-08-04 à 15:01
Non, bien sûr que non...
Au contraire, ça m'a fait plaisir :)
Maintenant, je me casserai moins la tête pour écrire, puisque quand je laisse simplement la plume aller et venir à sa guise sur le papier, ça donne un texte plus travaillé que les autres ;)
Tu m'a ouvert les yeux sur la non-utilité d'essayer de faire travailler mon cerveau lol
Bubblegum
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