Il courait...
Il courait, comme tant d'autres, protégé de la pluie par son anorak noir. Il courait, et ses pas dans la pluie résonnaient dans la ruelle sombre qu'il empruntant. Son ombre le faisait grimacer chaque fois qu'il passait sous un réverbère, et la pluie rendaient invisibles les larmes qui coulaient le long de ses joues. Il aurait pu courir les yeux fermés tellement il connaissait le quartier par coeur. Il y était venu tellement souvant, elle accrochée à son bras, les yeux dans les yeux. Sous la pluie, ses yeux avaient la même lueur que les goutelettes quand elles passaient à travers le faisceau lumineux de la lune, et lui donnaient cet air coquin qu'il aimait tant. Maintenant, ses pieds foulaient le sol à l'endroit même où ils avaient échangé leur premier baiser, et, tandis que les guirlandes de Noël clignotaient, promesse d'un joyeux réconfort, il savait que son réconfort à lui ne viendrait pas, pas plus que le futur bonheur qu'on est en droit d'espérer à Noêl. Sa vie à lui était finie, et il ne lui restait plus qu'à vivre dans le passé. Dans leur passé. De temps en temps, il croisait d'autres joggeurs qui lui faisaient de petits signes amicaux de la main. Il leur répondait, un semblant de sourire aux lèvres, mais il savait bien qu'il n'avait rien en commun avec eux. Eux ne pensaient qu'à surveiller leur rythme cardiaque. Ils pensaient à leur enfants qui les attendaient chez eux, à leurs futures vacances ou au dîner que leur chère et tendre femme était sans doutes en train de préparer.

Lui il courait, comme tous les autres, mais son esprit tournait en rond, obsédé par des évènements passés, tragiques. Des plaies qui ne se cicatrisaient pas et qui, il le savait, ne guérirait jamais, parce qu'elle était la seule capable de lui rendre le sourire. Une femme aux longs cheveux blonds le dépassa, le visage dissimulé dans l'ombre de la rue, et il sentit son coeur s'emballer et un frisson lui parcourir tout le corps, comme toujours dans ces cas là; lorsqu'il croyait apercevoir sa silhouette au détour d'un carrefour. Il en rêvait souvent, la nuit. Il imaginait qu'il marchait dans une avenue large et éclairée de mille feux. Il pleurait quand soudain, entre ses larmes, il l'apercevait. Il courait alors vers elle et la prenait dans ses bras, l'embrassait. Elle lui rendait ses baisers avec la même passion que lorsqu'ils n'étaient encore que de jeunes amants, et ils faisaient l'amour toute la nuit, comme pour s'imprégner des odeurs de l'autre trop longtemps oubliées. Puis le matin, quand il se réveillait, elle n'était plus là. Des larmes perlaient, dans son sommeil, au coin de ses paupières closes, lorsqu'il courait partout dans la maison à sa recherche. Elle avait disparu, l'avait laissé seul encore une fois. Il se réveillait enfin lorsque le soleil lui brulait les yeux à travers les volets, la journée déjà bien avancée. Elle lui préparait son café tous les matins, avant de venir se blottir contre lui pour le réveiller. Jusqu'au jour où on la lui a enlevée...
Il courait, comme tous les autres, mais lui seul portait ce fardeau ; Un passé trop beau pour pouvoir encore avoir des espoirs pour l'avenir, et un amour toujours aussi fort malgré les années. Elle était morte...
Ecrit par BubbleGum, le Vendredi 30 Juillet 2004, 16:28 dans la rubrique "Nouvelles".

Commentaires
Samhradh
30-07-04 à 17:13
c'est du même livre ça ou c'est de toi?
parce que c'est superbe aussi!!
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BubbleGum
31-07-04 à 11:47
Non non, celui ci ne vient pas du livre, c'est de moi.
Moi même, quand j'ai des soucis et que j'ai besoin de me défouler, de penser à autre chose, j'aime aller courir un peu...
Je suppose que c'est de là que vient mon idée d'article...
Bubblegum
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Songe
10-12-04 à 14:49
Peut-on courrir après tout le temps perdu et en rattraper un peu ?
Je laisse courrir en arrière dans ton blog mes pensées à la recherche du temps perdu, tentant de me rattrapper en retrouvant ce que tu as laissé deriière toi et qui gît ici en silence ...
Et je redécouvre avec plaisir les pas qui jalonnent ton écriture d'hier jusqu'à aujourd'hui, un peu de toi dans une de tes escales ici lorsque la course de ta vie se suspend ...
Je t'embrasse ...
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