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Les mots au coin des lèvres

L'écriture et l'amour procèdent de la même tension, de la même joie, de la même perdition.

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Nouv. 1 : J'avais sept ans quand j'ai tué ma mère

Toute ma vie, je me souviendrais de ce jour. Je reverrais sans cesse, dans le moindre de mes rêves, l'expression de son visage, quand le couteau a traversé sa peau. Ce n'est pas tant la peur qu'on pouvait lire dans ses yeux qui me revient, mais plutôt cette douceur, cette tendresse qu'elle avait en me regardant, avant de laisser ses paupières closes à jamais. J'étais encore un enfant à cette époque. Un gamin de sept ans qui ne comprend encore rien à la mort mais qui déjà, pourtant, a tué. Il devait être huit heures environ. Je me souviens avoir entendu des cris provenant de la cuisine. Une dispute. Dans le noir obscur de ma chambre, ces cris semblaient tellement irréels que j'ai mis quelques minutes avant de comprendre que j'étais bien éveillé, et que c'était ma mère qui hurlait. Il y avait une autre voix aussi. Celle d'un homme. J'ai écouté pendant de longues minutes, essayant de me souvenir où j'avais déjà entendu cette voix, d'y mettre un visage, mais sans succès. J'écoutais les phrases qui me parvenaient par brides, et dont je ne me souviens plus aujourd'hui. Seule la rage qu'on pouvait déceler dans la voix de ma mère, et le dégout aussi, et la tristesse dans celle de l'autre. Tristesse qui s'est vite transformée en une colère plus forte encore que celle de maman. Je ne sais pas encore aujourd'hui si c'est la peur de rester seul dans le noir, tout à coup, ou le sentiment de devoir, malgré mon jeune age, protéger ma mère qui m'ont poussé à me lever, mais j'ai mis mes pantoufles et entrouvert doucement la porte de la chambre. Ils étaient dans la cuisine. La conversation me parvenait clairement maintenant. Il lui demandeait de rester, il ne comprenait pas comment elle pouvait lui faire ça et, je m'en souviendrais toujours, il lui a dit qu'elle lui avait promis de nous quitter pour lui, papa et moi. J'ai senti mes jambes trembler rien qu'à l'idée que ma mère, cette femme si belle et douce, ma mère pour qui j'avais un amour plus fort que tout le reste au monde, avait pu penser à me quitter pour toujours. Et quand elle a juré que c'était faux, que jamais elle ne pourrait vivre sans moi, j'ai enfin pu respirer. Je me suis senti tellement stupide d'avoir cru que ce pouvait être vrai. Cet homme était un menteur, il racontait des horreurs dont je ne pouvais imaginer un seul instant qu'elles soient réelles. Il mentait et, tout à coup, j'ai ressenti autant de colère contre cette inconnu que ma mère semblait en avoir et, rouge de rage, j'ai couru jusqu'à la cuisine. Juste à temps pour la voir le gifler violemment. Il a fait un pas en arrière, sous le choc. Comment peux-tu faire ça? Tu m'as dit tellement de fois que tu m'aimais, que tu aimais ma douceur, ma gentillesse. Tu m'as dit que jamais tu n'avais connu quelqu'un de pareil, que tu voulais faire ma vie avec moi et moi, je t'ai cru. J'ai quitté tous ceux que j'aimais pour toi. Il était blême mais ce que j'ai pris pour du désespoir était en fait de la colère. Je ne l'ai compris que trop tard, sans doutes, sinon j'aurais pu faire quelque chose, j'aurais pu éviter ça, la sauver. Il l'a poussée contre l'évier, avec une telle violence que je n'ai même pas pu esquisser un seul geste vers elle. Cet homme me faisait peur, trop peur. Maman a réussi à attraper un couteau dans le tiroir, et l'a pointé vers lui. La vue de cette arme, de cette scène comme on n'en voit que dans les films, m'a tétanisé, et ce n'est que quand il l'a balayé d'un revers de la main que j'ai compris que c'était vraiment grave. Le couteau a glissé sur le sol, pour s'arrêter juste à mes pieds. Sans réfléchir, je l'ai ramassé. Dans ma tête, dans mon coeur, je voulais la protéger, je voulais qu'il arrête, qu'il la laisse tranquille. Alors j'ai pointé le couteau vers eux, et j'ai hurlé de la lâcher. Quand il l'a poussé vers moi et que j'ai senti la lame du couteau lui transpercer le corps, je ne sais plus si ce sont ses cris ou les miens qui ont raisonné dans toute la maison, mais ces cris, je les entends encore aujourd'hui, chaque nuit.
Il a tué ma mère. Moi aussi, j'ai tué ma mère.

Bubblegum

Ecrit par BubbleGum, le Samedi 31 Juillet 2004, 23:46 dans la rubrique "Nouvelles".

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Commentaires

Kit

01-08-04 à 00:18

C'est vraiment excellent... Très belle expression et une histoire poignante... Superbe!
Kiss
Kitty


Re:

BubbleGum

10-08-04 à 15:01

Merci beaucoup Kit...

Bisous ;o)

Bubblegum


Valaxaur

01-08-04 à 01:33

Ton texte est très fort Bubblegum. Allez je l'emporte dans mes cauchemards pour libérer les tiens. Je me permet de te mettre dans mes liens car tu vois j'aime bien ça. Et bien te voilà attachée maintenant, mais rassures toi ces liens là te laissent libres comme l'air.

A bientôt ;-)


Re:

BubbleGum

10-08-04 à 15:02

Merci beaucoup Valax...
Tu es dans mes liens, toi aussi, depuis quelques temps déjà.

Ne t'inquiète pas, mes cauchemards ne sont que très peu présents et laissent le plus souvent la place à de beaux et doux rêves. Mais merci d'avoir désormais emmené les derniers, je peux me coucher tranquille maintenant...

Bisous

Bubblegum


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