Nouv 3 : Pour l'amour d'un enfant
Aéroport de Newark.. Le taxi vient de la déposer le long du trottoir et s’enfuit dans le tumulte des véhicules qui gravitent autour des satellites ; elle le regarde disparaître au loin. Son énorme baluchon vert déposé à ses pieds pèse presque plus lourd qu’elle Elle le soulève malgré le mal de dos et serre les dents en silence. Elle ne peut pas faiblir, pas maintenant. Elle passe les grandes portes vitrées et pénètre dans l’immense bâtiment. Sans hésiter, sans même regarder où elle va, le regard perdu dans le vide, elle tourne à droite. Elle marche doucement. Rien ne laisse deviner l’état de nervosité dans lequel elle se trouve. Rien, sauf les quelques gouttes de sueur qui perlent sur son front. Malgré le poids du sac qui lui fait de plus en plus mal, elle continue sans s’arrêter, toujours droit devant elle. Il fait chaud Tout à coup, elle se retourne vivement. Il est là, c’est certain. Elle a reconnu son odeur. Cette odeur âcre de tabac refroidi et d’eau de toilette bon marché. Pourtant, derrière elle, il n’y a personne. Juste une petite fille aux couettes blondes qui joue, assise dans un coin. Elle attend certainement sa maman qui prend les tickets d’embarquement. Susanne ne peut s’empêcher de sourire à la vue de cette petite fille, qui semble si heureuse, assise à même le sol dans un aéroport. Ca la réconforte, ce bonheur autour d’elle. Non, le monde n’a pas cessé de tourner. Tout va bien. - Mademoiselle ? Suzanne a un mouvement de recul. Elle en est certaine, ils l’ont retrouvée. Elle pense à fuir sans même se retourner vers cette homme. A quoi bon se retourner, ce serait se jeter droit dans la gueule du loup. Son regard retombe sur cette petite fille. Elle lui sourit et Suzanne lui rend son sourire. Sa main se pose doucement sur l’automatique, bien au chaud dans la poche de son jean. Elle se retourne, prête à tirer si cela s’avérait nécessaire. Elle a déjà tué, elle peut recommencer, elle s’y sent prête. Bonjour mademoiselle. Excusez-moi de vous déranger, mais je cherche la porte d’embarquement A57. Je ne suis pas d’ici, c’est la première fois que je mets les pieds dans un aéroport de cette envergure et je suis totalement perdu. Je vous suivais, tout à l’heure, vous aviez l’air de connaître les allées comme votre poche. Je me suis dit que vous pourriez peut-être m’aider. Suzanne respire enfin. Ainsi donc ce n’était qu’un simple voyageur égaré. Elle rit de bon cœur devant sa paranoïa. Le jeune homme la fixe, hébété. - Je ne pensais pas vous faire rire à ce point. - Excusez-moi, ce n’est pas vous. Je viens de me souvenir de quelque chose d’horriblement drôle. Ca n’a rien à voir avec vous. La porte A57, c’est ça Un hochement de tête lui donne raison - Et bien, vous allez dans cette direction puis vous… Elle n’a pas le temps de finir sa phrase qu’un ‘Police, on ne bouge plus’ retentit dans l’aéroport. Suzanne reste figée une seconde à peine, avant de reprendre ses esprits. Elle attrape le pistolet dans sa poche, empoigne le jeune homme par le cou et s’en sert comme bouclier entre elle et le sergent Wilson. - Lâchez-le, Suzanne. Tout est fini, maintenant. Vous ne pouvez pas fuir, la police encercle tout le bâtiment. Rendez-vous, cela jouera en votre faveur au procès. - Jamais. Plutôt crever que d’aller en prison. - C’est suicidaire, Suzanne, et vous le savez. Allons, posez cette arme par terre, et tout ira bien. - Putain, vous allez la fermer. Comment pouvez-vous me dire que tout ira bien alors que je viens de tuer mon mari. - C’était de la légitime défense. Je le sais, et vous le savez aussi. C’était lui ou vous. - Non, c’est faux. Il… Les larmes coulaient maintenant le long des joues de Suzanne. Dans sa tête, les image de la scène ne cessaient de défiler. C’était comme un film qui repassait en boucle depuis quelques heures : Elle lui avait montré les photos. Celles où il était nu avec cette femme, cette Mary, surtout. Et toutes les autres aussi. Toutes ces femmes avec qui il buvait un verre, avec qui il déjeunait où qu’il embrassait passionnément dans la rue, devant les yeux de tous. Comment avait-elle pu ne jamais s’en rendre compte ? Comment avait-elle pu être aussi aveugle jusqu’à aujourd’hui. Il avait d’abord essayé de nier, il disait que ce n’était pas ce qu’elle croyait, qu’il allait tout lui expliquer. Le baratin classique, connu de toutes les femmes pour être la preuve même de la culpabilité. Elle, elle s’était contentée de ricaner. Elle avait réussi à rire entre deux sanglots. Elle avait jeté les photos par terre et s’était retournée pour prendre son sac, déjà prêt près de la porte. ‘Si tu pars, je te tue’ . Il avait hurlé si fort que maintenant encore le son de sa voix résonnait au fond de ses oreilles. Elle n’y avait pas cru, avait pris son sac sur le dos et s’était retournée sans sourciller. ‘Et bien tue moi, alors’. C’est à ce moment là qu’il s’était jeté sur elle en criant qu’elle ne partirait pas, qu’il ne la laisserait pas partir, qu’il préférait la voir morte que dans les bras d’un autre. Il avait frappé de toutes ses forces, encore et encore, sur ses bras, son dos, son ventre, ses seins, et même sur son visage. Il avait frappé sans arrêter pendant qu’elle se débattait, que ses mains cherchaient un appui, quelque chose, n’importe quoi pourvu qu’elle puisse lui échapper. Il allait la tuer, elle en était sûre maintenant. Il avait bu et son haleine sentait le whisky à plein nez quand il s’est penché sur elle pour lui murmurer encore une fois ‘jamais tu ne me quitteras’. Sa main a touché le vase, sur la table basse. Elle s’est tortillée pour l’attraper et, quand enfin elle a pu le prendre, lui a éclaté sur la tête. Il est tombé, sans connaissance. Du sang coulait de l’arrière de son crâne. Elle l’a d’abord repoussé pour se dégager puis, quand elle a vu tout ce sang, ce fut la peur. Elle aurait sans doutes appelé une ambulance si il n’avait pas ouvert les yeux à ce moment là. Elle est restée un moment sans réaction pendant qu’il passait la main sur sa plaie ouverte. Quand il a vu le sang, lui aussi, il est entré dans une rage folle. Il l’a regardé droit dans les yeux et a murmuré ‘J’aurais ta peau, salope’. Elle a juste eu le temps de courir dans la chambre et d’attraper l’automatique, caché au fond de la table de nuit, avant qu’il n’entre et ne se dirige vers elle, un morceau de verre pointu à la main. Ce qui restait du vase… Elle a tiré alors qu’il n’était plus qu’à quelques pas d’elle. Une fois, deux fois. Trois balles, en pleine poitrine. La surprise lui a fait lâcher le revolver et elle est tombée à genoux, la tête dans les mains. Elle était encore là, agenouillée, une heure plus tard, quand la sonnerie du téléphone a retenti. C’est ça qui l’a réveillée de sa paralysie, sans doutes. Elle a appelé une ambulance, juste au cas où, a laissé un message à sa mère pour lui dire de passer prendre la petite à l’école, a pris son sac et elle a filé jusqu’à l’aéroport. Aéroport de Newark.. Le taxi vient de la déposer le long du trottoir et s’enfuit dans le tumulte des véhicules qui gravitent autour des satellites ; elle le regarde disparaître au loin. Son énorme baluchon vert déposé à ses pieds pèse presque plus lourd qu’elle - Lâchez cette arme, Suzanne, je vous en supplie. - Jamais Wilson a parlé quelques secondes dans son talkie-walkie. Susanne n’entendait pas ce qu’il disait. Elle ne voulait pas entendre, de toutes façons. Elle voulait juste fuir. Son père s’était suicidé en prison quand elle n’avait que 4 ans, et elle ne voulait pas finir comme lui. Elle n’irait pas en prison. Jamais. Doucement, elle reculait vers la sortie, le jeune homme toujours coincé contre elle ; entre elle et les armes des policier, son arme à elle toujours pointée sur lui. Elle reculait toujours quand retentit une voix qui lui était familière - Maman… Les larmes coulèrent le long de ses joues alors qu’elle voyait sa petite fille, la main dans celle du sergent.. - Je t’en prie, maman, me laisse pas. 7 ans, elle n’avait que 7 ans. Mon dieu ce qu’elle était belle, avec ses petites joues toutes roses. Susanne resta un long moment sans bouger, le regard fixé sur sa petite fille, tout l’amour du monde dans les yeux et les joues barbouillées de larmes - Lisa, sors d’ici, je t’en prie. - Non, maman. Le policier il a dit que si tu partais je te reverrais plus jamais. Me laisse pas, maman. Je t’aime… Les larmes ruisselaient sur le visage de la petite presque autant que sur celui de sa maman. Suzanne se laissa tomber à genoux, et accueilli son petit ange dans ses bras. C’était sans doutes la dernière fois qu’elle pourrait l’embrasser avant un long, très long moment. Quelques minutes plus tard, le sergent Wilson posa une main sur son épaule. ‘Il faut y aller maintenant’. Elle serra une dernière fois Lisa contre elle, enfoui sa tête dans ses cheveux pour s’imprégner de l’odeur de son enfant, et lui fit signe de rejoindre sa grand-mère… - Pas les menottes, s’il vous plaît. Pas devant Lisa… Bubblegum
Réflexe idiot, sans aucun doute. Bien sûr, quand les ambulanciers ont prévenu la police du meurtre, c’est là que les policiers se sont rendus en premier. L’aéroport. Elle n’avait pas pris la peine de se déguiser et quelques gouttes de sang coagulé tâchaient encore son pull. Son œil gauche, caché sous d’épaisses paires de lunettes noires, était bleu, virant au violet, et tout son corps lui faisait affreusement mal.
Ecrit par BubbleGum, le Mardi 10 Août 2004, 11:12 dans la rubrique "Nouvelles".

Commentaires
funambule
10-08-04 à 17:44
Sourires..... Comme un souvenir...
Je t'embrasse et c'est si agréable de pouvoir te relire...
Olivier
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Re:
BubbleGum
11-08-04 à 12:25
Mais bien sûr, tu l'avais déjà lu... :o)
J'espère que tu aimes toujours autant ;o)
Gros bisous mon funambule...
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Valaxaur
10-08-04 à 21:54
Tu vois je n'ai pas attendu la nuit pour te lire. J'en suis très content. La maison est suffisamment calme pour que tes personnages entrent entièrement dans mes yeux. Et me voilà assis à révasser encore avec eux , tes histoires terminées.
Opération BubbleGum réussie. Tu peux recommencer...
Je vais maintenant retourner dans mon antre, emportant une partie de toi.
A bientôt fille des abymes. Je me replongerai dans ton encre.
Jean-Jacques.
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Re:
BubbleGum
11-08-04 à 12:29
In your eyes...
I never want this feeling to end
I can see the heaven in your eyes
Une chanson de top gun que j'adore. Tes yeux devaient briller de milles feux, si tu as été plongé dans l'histoire au point qu'on puisse y voir les personnages.
J'aurai bien aimé les voir, moi aussi, savoir si tu les voyais comme moi je les voyais en écrivant, ou différemment...
Merci, Valax, merci beaucoup pour tous ces commentaires que tu laisses un peu partout sous mes mots, comme les cailloux du petit poucet, pour que je ne perde pas mon chemin.
Mes pages te seront toujours ouvertes, avec plaisir...
Bisous
Bubblegum
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